En cette période de confinement, je me retrouve comme beaucoup d’entre-vous à jouer tous les jours à à peu près tout ce qui me passe sous la main. C’est l’occasion de redécouvrir des jeux jusque-là oubliés quelque part dans les profondeurs de ma ludothèque ou de sortir mes petits préférés.

Mais voilà, coupée de mon cercle de joueurs habituels qui adorent les gros jeux qui durent longtemps (ceux avec beaucoup de cubes et de cartes, ceux qui vous laissent souvent avec le cerveau en ébullition et avec une drôle de sensation d’ivresse), je découpe mes journées en deux temps : jeux en solo le matin et jeux familiaux avec ma colocataire le soir, lorsque le cœur lui en dit.

Pour être honnête, je n’aime pas tellement jouer en solitaire à des jeux de société. Peut-être parce que beaucoup de variantes solo ne font pas honneur aux jeux auxquels elles appartiennent. Allez savoir. Mais comme nous sommes dans une drôle de période, je me suis dit que j’allais tester toutes les variantes solo des jeux de ma ludothèque (il y en a quelques-uns, mais rassurez-vous, on a le temps) et voir ce que ça donne.

Maintenant que cette longue introduction est achevée, nous pouvons passer à notre premier cobaye : Freedom, The Underground Railroad.

La nouvelle édition d’Asyncron vient d’arriver, c’est de Brian Mayer et c’est illustré par Jarek Nocoń et Steve Paschal. C’est un jeu coopératif. En solo, il dure à peu près 45 minutes. Il faut compter facilement une heure et demie lorsque vous jouez à plusieurs.

Quel est le but du jeu ? Les joueurs incarnent ici des abolitionnistes qui tentent de libérer les esclaves retenus dans les plantations du sud des États-Unis. Ils tenteront de les emmener jusqu’au Canada pour qu’ils puissent ainsi gagner leur liberté en empruntant des chemins clandestins et en se cachant des infâmes chasseurs d’esclaves.

 

La route est longue jusqu’au Canada…

 

Pour parvenir à sauver le plus de personnes possible, les joueurs devront interagir sur deux tableaux en même temps :

 

1. La carte de l’est des États-Unis sur laquelle ils géreront les déplacements des esclaves en cavale et des chasseurs ainsi que les aides financières des alliés présents dans certaines villes. La plupart des villes et villages ne peuvent accueillir qu’un seul esclave à la fois, mais quelques grandes villes permettent de se regrouper.

2. Le plateau des abolitionnistes qui permet de recruter des conducteurs (indispensables, ce sont eux qui transportent tout le monde), de faire des levées de fonds (rares, mais très précieuses) et de déclencher des événements ou l’apparition de certains personnages (une carte par tour maximum). Attention, c’est aussi sur ce plateau que vos ennemis sont les plus puissants et vos opposants n’hésitent pas à vous mettre des bâtons dans les roues.

Le marché aux esclaves, votre pire ennemi.

Pour gagner la partie, il faut parvenir à libérer un nombre d’esclaves déterminé en fonction du nombre de joueurs et de la difficulté choisie ET obtenir suffisamment de jetons d’influence (déterminé de la même manière). Tout cela, avant que les chasseurs et les marchés aux esclaves vous prennent de vitesse. Et ils vont vite.

 

Comment ça marche?

Chaque tour se déroule ainsi :

  • Les chasseurs bougent et éventuellement capturent un ou plusieurs esclaves en fuite. Gardez à l’esprit que, comme ces déplacements sont déterminés par le hasard, ils ont tendance à toujours aller là où l’on voudrait qu’ils n’aillent SURTOUT PAS.

  • Les joueurs peuvent investir pour récupérer jusqu’à deux jetons, que ce soient des conducteurs, des levées de fonds ou des jetons d’influence. L’argent est le nerf de la guerre. Il faut constamment être attentif à ne pas trop en investir, ou l’on risque de se retrouver sans ressource à un moment critique !

  • Les joueurs agissent. Ils utilisent leurs jetons pour déplacer des esclaves, récolter de l’argent, acheter des cartes, utiliser la capacité de leur personnage,etc. La difficulté principale reste que chaque fois que vous déplacez quelqu’un, vous risquez d’attirer l’attention d’un chasseur et il n’est pas rare de se retrouver pris en tenaille. Il m’est arrivé d’avoir un groupe d’esclaves piégé entre plusieurs chasseurs à Chicago. À ce moment-là, bouger signifie la mort et il vaut mieux attendre, et attendre encore jusqu’à ce que vous soyez en mesure de faire diversion.

  • Le marché aux esclaves vend tous ceux qu’il peut aux différentes plantations du Sud. S’il n’y a pas assez de place (le scénario catastrophe), les esclaves en surplus sont perdus. Si trop d’entre-eux sont perdus, c’est la défaite.

  • On fait une phase d’entretien pour remettre des cartes, et on recommence. Si au bout d’un certain nombre de tours, vous n’avez pas réussi votre double objectif, vous perdez. Il ne faut donc pas trop tarder.

Le jeu vous incite parfois à faire des choix cornéliens, et c’est aussi là toute sa force. Il est très immersif et vos petits cubes en bois, vous y tenez tellement que devoir en sacrifier même juste un pour en sauver d’autres (je repense à mon groupe bloqué à Chicago pendant deux tours, pour lequel j’ai dû faire diversion en mettant en péril plusieurs vies), c’est une décision que vous n’allez pas avoir envie de prendre.

Et le solo, dans tout ça ?

Le solo, il est très bien. Il ne demande aucune modification des règles, il est tout aussi immersif qu’une partie à plusieurs et ce n’est pas une bête course au point. Le but du jeu n’est pas modifié, je n’ai pas eu l’impression de jouer à une simulation mécano-mécanique. On perd les discussions stratégiques, les prises de bec et les plans sur la comète coutumiers des jeux coopératifs, ce qui est inhérent au jeu en solitaire et cela, on ne peut pas y faire grand-chose. Pour le reste, c’est vraiment sympa.

Abraham Lincoln, et paf !

Ceci dit, je ne peux vous quitter sans vous donner un conseil que je vous recommande chaudement de suivre : si vous voyez la carte Abraham Lincoln, ne la laissez pas vous passer entre les doigts ! Elle m’a sauvé la mise une paire de fois alors que tout semblait perdu. Potentiellement la meilleure carte du jeu.

 

Bon confinement, restez prudents, et à bientôt !